Tribune de Wasquehal Vivante, juillet 2026
Face au commissariat du centre, à l’angle des rues Victor Hugo et Francisco Ferrer, il y avait deux arbres, un banc et un carré de verdure. Il y a désormais du bitume noir et quatre places de parking. Les tronçonneuses sont passées en juin 2026, le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France selon Météo-France, au cœur d’une canicule d’une « sévérité exceptionnelle » comparable à celle d’août 2003. Les 24 et 25 juin ont même été les deux journées les plus chaudes jamais mesurées dans le pays.
Le constat : un square remplacé par du goudron
Où ? À la pointe du carrefour, juste en face du commissariat, entre la rue Victor Hugo, la rue Francisco Ferrer et la résidence services seniors. Un emplacement que tout le quartier connaît.

Avant, c’était un tout petit espace, mais un espace vivant. Un robinier (l’acacia du quartier), un grand pied d’euphorbe, un banc à l’ombre. Les résidents de la maison de retraite d’en face y venaient se poser, les collégiens s’y arrêtaient cinq minutes en sortant des cours, des habitants s’y croisaient et discutaient. Rien d’extraordinaire, juste un coin d’ombre et de calme au milieu du carrefour.


Après, il ne reste rien. Un arrêté municipal (ARR-2026-255) a annoncé des travaux « du 8 au 18 juin 2026 » pour la « création d’un parking rue Victor Hugo ». Les deux arbres ont été abattus, le sol a été bitumé jusqu’au mur pignon, et quatre à cinq places de stationnement ont été tracées contre la brique. Là où il y avait de la vie et de l’ombre, il y a maintenant une dalle noire et un mur nu.


À notre connaissance, aucune concertation des riverains n’a précédé cette décision. Les habitants ont découvert le projet en voyant les panneaux de chantier, puis les tronçonneuses.
Pourquoi c’est un contresens climatique
Supprimer des arbres et imperméabiliser un sol en pleine crise climatique, c’est faire l’inverse exact de ce que recommandent le GIEC et tous les plans d’adaptation. Ce n’est pas une question d’opinion, c’est de la physique de base.
- Un îlot de chaleur en plus. Un bitume exposé au plein soleil peut dépasser 50 °C en surface et restituer cette chaleur une bonne partie de la nuit. Un arbre fait exactement le contraire : il produit de l’ombre et rafraîchit l’air par évapotranspiration, comme un climatiseur naturel. Un sol ombragé et végétalisé reste couramment 15 à 25 °C plus frais en surface qu’un enrobé au soleil. En abattant deux arbres, on fabrique un point chaud dans le quartier.
- Un sol qui n’absorbe plus rien. Le carré de verdure infiltrait la pluie et rechargeait la nappe. Le bitume, lui, renvoie l’eau vers les égouts : ruissellement, réseaux saturés, risque d’inondation accru, nappe qui ne se recharge pas. Aucun revêtement drainant, aucun pavé perméable n’a été prévu ici. En 2026, c’est difficilement défendable.
- Un espace d’abri en moins. Pendant les canicules, ces micro-coins d’ombre sont précisément les endroits où les plus fragiles, personnes âgées, enfants, peuvent souffler. On vient d’en supprimer un, quelques jours après la canicule de juin 2026, d’une sévérité exceptionnelle et la plus intense jamais mesurée à cette période de l’année.
- La voiture encouragée là où il faudrait la réduire. Créer des places de stationnement en centre-ville, c’est appeler davantage de voitures, à quelques centaines de mètres de la station de métro, des bandes cyclables et des parkings déjà existants de la salle des fêtes et de la Caisse d’épargne. La MEL, l’État et le GIEC poussent tous au report vers la marche, le vélo et les transports. Wasquehal fait le choix inverse.
Il existe pourtant un cadre légal clair. La loi Climat et Résilience de 2021 fixe un objectif de « zéro artificialisation nette » : diviser par deux le rythme de bétonnage des sols d’ici 2031, et l’arrêter complètement en 2050. Transformer un espace déjà vert en parking va frontalement à l’encontre de cet objectif national. Ce n’est pas un détail technique : c’est une absence de vision de l’aménagement public.
Les Wasquehaliens ne s’y trompent pas
Sur le groupe Facebook de la ville, la publication a déclenché un tollé : des dizaines de commentaires, presque tous dans le même sens. Nous en reprenons ici quelques-uns (initiales seulement). Ils disent mieux que nous ce que ressent le quartier.
« On enlève l’ombre aux anciens. » C’est le premier reproche, revenu dans presque tous les messages.
Supprimer un petit espace vert où les résidents de la maison de retraite venaient se mettre à l’ombre… Il ne demandait qu’à être un peu réaménagé, pas à être transformé en trois places de stationnement en bitume. N’importe quoi.
J. M. R.
Même colère, en plus mordant, chez L. M. L. : « On supprime le seul coin d’ombre où les anciens pouvaient encore s’asseoir cinq minutes à l’abri du soleil. Apparemment, ce qui leur manquait, c’était de regarder des pare-chocs plutôt que de papoter sur un banc. » Et N. W. de résumer l’attachement au lieu : « C’était beau et apaisant, je m’arrêtais souvent discuter avec les personnes de la résidence. Là, c’est très moche et inutile pour trois places. »
« Tout le contraire de ce qu’il faut faire. » Beaucoup pointent le non-sens climatique, parfois avec une vraie expertise technique.
La gestion intégrée des eaux pluviales et les îlots de fraîcheur ne semblent pas être des notions connues de la mairie. Même pas de pavés drainants. Normalement, tout nouvel aménagement doit gérer ses eaux pluviales au maximum, y compris en domaine public.
P. B.
V. F. abonde : « Tout le contraire de ce qu’il faut faire avec les températures qui vont augmenter. Ce petit parc procurait un espace rafraîchissant, mais la mairie préfère une fois de plus bétonner. » Et F. G. rappelle une évidence de terrain : « Quand on arrive de Villeneuve d’Ascq lors des fortes chaleurs, on a quatre à cinq degrés de plus. À Wasquehal, ils n’ont pas encore compris qu’il faut végétaliser. »
« Bitume, bitume, bitume. » Enfin, beaucoup y voient une méthode, pas un accident : on bétonne au coup par coup, sans réflexion d’ensemble.
Des mini-parkings partout, plutôt qu’une réflexion globale sur le stationnement et la circulation. Dommage de bétonniser le centre quand, en périphérie, on a pléthore de possibilités pour le désengorger.
M. D.
« Contrairement à d’autres villes qui plantent et préservent la nature, à Wasquehal c’est bitume, bitume, bitume », résume N. S. Et personne ne comprend le calendrier : « Avec presque 35 degrés prévus dans les jours à venir, on est vraiment dans l’air du temps » (un riverain), « ils ont toujours le bon sens du timing en mairie » (V. W.).
Notre vision
Aucune concertation. Personne dans le quartier n’a été consulté. Personne n’a proposé de simplement réaménager ce coin de verdure plutôt que de le raser. Les habitants ont été mis devant le fait accompli, tronçonneuses à l’appui.
Un cadre de vie dégradé, une vision absente. Ce parking n’est pas un simple aménagement de voirie. C’est le symptôme d’une manière de gouverner : bétonner à courte vue, et ignorer complètement l’adaptation aux canicules qui vont se multiplier. Ce n’est pas un hasard isolé. Nous avons lu dix ans de délibérations du conseil municipal : sur cette période, le mot « climat » n’apparaît que deux fois, et « transition énergétique » pas une seule fois. Ce parking bitumé, tracé quelques jours après une canicule record, en est l’illustration très concrète.
Végétaliser, pas bétonner. Nous demandons l’inverse de ce qui a été fait : désimperméabiliser les sols, préserver le peu d’ombre qui reste, et surtout consulter les habitants avant de transformer leur cadre de vie. À l’heure des étés à 35 °C, chaque arbre compte. Wasquehal vient d’en perdre deux.

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