Bienvenue dans le plus long jeu de chaises musicales de Wasquehal. Règle du jeu : on prend la liste avec laquelle Stéphanie Ducret gagne la mairie en 2014, et on regarde, élection après élection, qui est encore debout. Spoiler : à l’arrivée, il ne reste pas grand monde. Entre les portes qui claquent, les adjoints qui s’en vont et même une élection annulée, la majorité municipale a changé de visage plus vite qu’on ne le croit.

Niveau 1 : l’élection qui ne survit même pas
Commençons par le plus savoureux. La toute première élection de Stéphanie Ducret, en mars 2014, n’a même pas tenu jusqu’au bout. Le 22 juin 2015, le Conseil d’État annule le scrutin : sur les bulletins d’une liste, la nationalité belge d’un candidat n’avait pas été mentionnée, comme l’exige la loi. Résultat, 2 151 bulletins jugés nuls, et toute l’élection à refaire.
Rebelote donc en septembre 2015. Et là, surprise : la maire sortante n’est réélue que de justesse, avec environ 300 voix d’avance sur son adversaire Bernard Hanicotte. Un début de règne à rejouer et à un cheveu près : la partie commence mal pour la stabilité de l’équipe.
Niveau 2 : le mandat où l’équipe fond
À peine réinstallée, l’équipe commence à se vider. Dès avril 2015, deux adjoints de tout premier plan — Bruno Madeleine, le premier adjoint, et Véronique Froumentin, deuxième adjointe — démissionnent de leurs fonctions en dénonçant la manière de gouverner de la maire, reprise par La Voix du Nord et Nord Éclair.
« Quand on programme cinq réunions dans une semaine et que les décisions sont déjà prises, c’est vrai, c’est frustrant. »
Bruno Madeleine, premier adjoint démissionnaire, cité par la presse locale (avril 2015)
Bruno Madeleine ira jusqu’à présenter sa propre liste contre la maire en 2020.
Et ce n’est qu’un début. Sur le mandat, plusieurs adjoints-clés quittent le navire, selon le décompte tenu par le blog d’opposition Le Waskalibre : Jan Laarman, le premier adjoint, en 2017 ; Caroline Soinne, adjointe à l’urbanisme, fin 2019, qui déplore un « manque d’écoute » et des « décisions centralisées » ; puis Jean-Marie Seeuws, adjoint aux finances, début 2020. Le même blog calcule qu’à la fin du mandat, à peine un tiers des colistiers de 2014 étaient encore aux côtés de la maire.
En toile de fond, un climat de défiance. En 2019, l’association anticorruption Anticor dresse le bilan de la charte éthique signée en 2014 : « La maire n’a respecté aucun de ses engagements », tranche l’association, qui lui retire l’usage de son label pour la campagne.
Niveau 3 : 2026, la purge continue
Nouvelle élection en 2020, nouvelle équipe, mais le manège ne s’arrête pas. Ghislain Plancke, le premier adjoint de la maire pendant tout le mandat 2020-2026, a lui aussi disparu de la liste de 2026. Et un premier adjoint qui saute, ce n’est même pas une nouveauté : sur le seul mandat 2014-2020, deux se sont succédé avant de partir — Bruno Madeleine, tout premier adjoint de 2014, démissionnaire dès 2015, puis Jan Laarman, parti en 2017. Avec Plancke, cela fait trois premiers adjoints éjectés en trois mandats. Mais surtout, deux fidèles de longue date sont écartés de la liste 2026 : Barbara Coëvoët, deuxième adjointe engagée aux côtés de la maire depuis 2014, et Fabien Catteau, adjoint aux travaux. Douze ans de maison, remerciés à la constitution de la liste. Et Barbara Coëvoët n’a pas mâché ses mots dans La Voix du Nord.
Ce qu’en dit la presse« C’est une trahison ! […] Me laisser croire jusqu’au bout que je serais sur la liste, c’est une méthode contestable pour ne pas dire malhonnête. Elle a sacrifié les bons petits soldats comme moi et Fabien. »
Barbara Coëvoët, 2e adjointe écartée, dans La Voix du Nord (10 mars 2026)
La maire, elle, assume. Dans le même article, elle reproche à son ancienne adjointe de ne pas avoir soutenu la députée Félicie Gérard : « Félicie est dans l’équipe, il fallait être solidaire. » À Wasquehal, la fidélité a ses conditions.
Le retournement de veste de l’année
Le tableau des survivants
Reprenons les figures marquantes de la liste de 2014 et suivons-les jusqu’en 2026. Vert : présent dans la majorité Ducret. Rouge : sorti. Orange : rallié à une liste d’opposition (sans être élu au conseil). Sources : Répertoire national des élus et listes officielles du ministère de l’Intérieur (conseils 2020 et 2026), composition de 2014.
| Élu de 2014 (fonction) | 2014 | 2020 | 2026 |
|---|---|---|---|
| Stéphanie Ducret (maire) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Olivier Vandevivere (adjoint) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Patrick Prieur (conseiller) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Félicie Gérard (cons. → députée) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Pascale Decaestecker (conseillère) | ✓ | ✓ | ✓ |
| Barbara Coëvoët (2e adjointe) | ✓ | ✓ | ✗ |
| Ghislain Plancke (1er adjoint 2020-2026) | ✓ | ✓ | ✗ |
| Monica Testier (adjointe) | ✓ | ✓ | ✗ |
| Denis Leroy (conseiller) | ✓ | ✓ | ✗ |
| Bruno Madeleine (1er adjoint, parti 2015) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Véronique Froumentin (2e adjointe, partie 2015) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Jan Laarman (1er adjoint, parti 2017) | ✓ | ⚠ oppo. | ✗ |
| Caroline Soinne (adj. urbanisme) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Virginie Desurmont (8e adjointe, partie fin 2019) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Jean-Marie Seeuws (adj. finances) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Philippe Provot (adjoint) | ✓ | ✗ | ✗ |
| Catherine Sueur (conseillère) | ✓ | ✗ | ✗ |
| André Alvarez (conseiller) | ✓ | ⚠ oppo. | ✗ |
Les rescapés
Qui a survécu à tout ça ? Une poignée de fidèles. Stéphanie Ducret, évidemment, aux commandes depuis 2014. Olivier Vandevivere, adjoint à travers les trois mandats. Pascale Decaestecker et Patrick Prieur, conseillers indéboulonnables. Et Félicie Gérard, qui a fait mieux que survivre : partie de simple conseillère en 2014, elle est aujourd’hui députée du Nord, tout en restant sur la liste municipale. Le noyau dur tient. Autour, ça valse.
Nos pronos pour le mandat 2026-2032
On enfile la casquette de bookmaker. À prendre au second degré… quoique, vu le passif, on ne parierait pas gros contre nous.
Alors, chaises musicales ou méthode ?
On peut en rire, et c’est un peu le but. Mais derrière le grand tourniquet, il y a une constante que les partants nomment tous à peu près pareil : une manière de gouverner très verticale, où les décisions se prennent en petit comité. Des adjoints qui claquent la porte en dénonçant le « manque d’écoute », une fidèle de douze ans remerciée du jour au lendemain, un ancien adversaire promu adjoint : à Wasquehal, la loyauté a une géométrie variable.
Nous avons d’ailleurs raconté ailleurs comment la mairie fonctionne au fil de dix ans de délibérations. Le jeu des chaises musicales, lui, continue. Prochain tour dans six ans : à votre avis, qui sera encore assis ?
Article de veille citoyenne, établi à partir de sources publiques (résultats officiels du ministère de l’Intérieur, site officiel de la Ville de Wasquehal, Conseil d’État, France 3, La Voix du Nord, Anticor et le blog d’opposition Le Waskalibre, cité comme tel). Mis à jour le 20 juillet 2026 pour intégrer des précisions apportées par d’anciens élus en commentaire : distinction entre Virginie Desurmont (adjointe de 2014, partie fin 2019) et Valérie Desurmont, ajout de Bruno Madeleine, Véronique Froumentin et Patrick Prieur à la liste de 2014 suivie, et trajectoire de Jan Laarman et André Alvarez, passés dans l’opposition en 2020. Merci aux lecteurs pour ces corrections.


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